Silvère Doumayrou vous propose chaque semaine un nouvel article sur les plantes dites "exotiques" acclimatables à la région Parisienne et, plus largement, sur les végétaux qui l'ont séduit. Photos, conseils, expériences, nouvelles espèces...
Bah oui, il arrive parfois, quand on veut lancer un projet (comme Tillandsia sur Bois), que l'on soit contraint d'oublier un peu l'écriture des articles sur les 'exotiques'. Je vais y remédier sur le champ en vous présentant une petite pépite que j'ai déniché il y a peu. En ce qui concerne les Tillandsia, je m'étendrai davantage sur le sujet et sur la Pépinière 2 mardi prochain...
Il n'est parfois pas besoin de prendre l'avion ou de faire des centaines de kilomètres en voiture pour découvrir une 'exotique'. Je le sais bien, mais jamais je n'aurais imaginé rencontrer ce délicieux Solanum quitoense à quelques minutes seulement de mon appartement... Et pourtant, je dois confesser que la rencontre avec cette étrangère est la faute d'un anonyme jardinier du Parc Floral de Paris lequel, probablement envers et contre tout, à su habilement imposer ce végétal à ses confrères... Aussi je profite de cet article pour le remercier très sincèrement!
On ne peut jamais tout connaître: il faut des années pour maîtriser un tout petit peu son sujet. Ici, il s'agit des végétaux à feuillage large & abondant. On commence à en connaître quelques-uns comme Farfugium japonicum, Gunnera manicata, Astilboïdes tabularis, Darmera peltata, Musa Basjoo ou Musella lasiocarpa, Tetrapanax papyfera, Aspidistra eliator, Rheum palmatum, Macleaya cordata, Colocasia esculenta et j'en passe, mais voici une 'exotique' à la fois différente et complémentaire de ses congénères...
Un seul coup d'oeil m'a suffit pour comprendre (en moins de temps qu'il faut à Usain Bolt pour franchir sa ligne d'arrivée) que j'allais complètement craquer sur cette rare 'exotique' qu'est Solanum quitoense. Le Solanum est une grande famille: tout le monde connaît Solanum jasminoïdes, une grimpante facile, volubile, à la floraison aussi abondante que généreuse depuis le printemps et jusqu'aux premières gelées et quelle que soit la région. Mieux encore, on a tous un jour mangé du Solanum telle que la tomate ou la pomme de terre. Eh oui, elles font partie de cette même famille! Mais il faut reconnaître que celui-ci se fait plutôt rare dans nos plates-bandes....
Une fois n'étant pas coutume, ne l'ayant moi-même pas encore cultivé, il m'a fallu activer mon réseau de 'végétaleux' pour en savoir davantage à son sujet. Solanum quitoense est une vivace arbustive essentiellement originaire de l'Equateur. Une vraie Latino-Américaine. Il n'est donc rien à redire sur son côté 'exotique' puisque son milieu d'endémisme est séparé de notre quotidien par un gros volume d'eau (l'Océan Atlantique) et quelques milliers de kilomètres! Malheureusement pour nous, elle ne rencontre pas, 'chez elle', les gelées que nous devons régulièrement supporter. En effet, la plante a pour habitude de disparaître dès que les températures descendent en-dessous de zéro degré. Oui, je sais, c'est dommage, mais comme ça: la plante est définitivement gélive!...
Heureusement pour nous, elle se multiplie facilement. Le semis marche très bien (le taux de germination dépasse généralement les 90%) et son bouturage est également très aisé. Aussi vous pourrez la considérer, au minimum, comme une annuelle. Maintenant, si vous convenez de la remiser en serre froide, l'hiver durant, vous aurez tout le loisir de la voir se développer un ou deux ans de plus et d'un mètre ou deux également! En effet, il faut savoir qu'avec le temps et dans son milieu naturel la plante devient un véritable arbuste dépassant souvent les deux mètres de hauteur!!
De bouture ou de semis, la croissance de Solanum quitoense est donc plutôt vive: chaque feuille qu'elle développe est plus importante que la précédente. Dans de bonnes conditions d'ensoleillement elle aura vite fait de fleurir avant de maturer des fruits, comestibles, aussi uniques qu'étranges. En effet, non seulement la plante a dressé de redoutables épines d'un très beau violet sur le dessus des ses feuilles mais, en plus, a su protéger ses fleurs & ses fruits d'un duvet délicatement piquant de la même couleur...
De quoi a-t-elle besoin? Simplement d'un substrat plutôt léger et particulièrement humifère. Si, à cela, vous lui ajoutez une bonne dose de soleil et des arrosages réguliers en été, vous aurez là les ingrédients essentiels à son bon développement. En pot ou en pleine terre, la plante va pousser, encore et encore, avant de déborder de l'espace qui lui était dédié. Vous pourrez alors vous régaler de la perfection de ses feuilles au revers complètement mauve, du caractère 'Jurassique' de ses fleurs & de ses fruits et des nombreux rejets qu'elle développera à son pied... Un vrai spectacle à elle seule!
Comme j'ai coutume de le dire, je vous invite à faire un saut sur le Net pour en voir ou en savoir davantage sur le sujet, notamment sur son fruit qui vaut définitivement le détour. Mais la plante en a sous le pied et il ne vous sera pas désagréable non plus de pouvoir l'apprécier sous toutes les coutures! (oui, je m'acharne à ne poster qu'une seule photo par article, mais on en voit tellement d'autres souvent même plus sympa que celles que je propose qu'il serait dommage de s'en priver!)
En tous les cas voici un végétal qui m'a complètement fait craquer, que j'ai adopté et qui fera définitivement parti de ma palette 'exotique' dès le printemps prochain.
En photo ci-dessous: détail de Solanum quitoense capturé au Parc Floral de Paris, en fin d'été...